Les enjeux environnementaux concernant le phosphore prennent de l'importance. Le phosphore est un élément indispensable à la vie animale et végétale. Néanmoins, s'il est présent en grande quantité dans l'environnement, il contribue à l'eutrophisation des milieux aquatiques (surproduction végétale). Les excès de phosphore proviennent des activités urbaines, industrielles et agricoles.
Au sommaire :
Optimiser l'emploi du phosphore
L'absorption du phosphore par la plante est conditionnée par la teneur en phosphore de la solution du sol, la structure du sol, la teneur en eau. Les conditions pour valoriser au mieux un apport phosphaté sont :
Un sol bien structuré permettant un bon enracinement ainsi qu'une bonne circulation de l'eau et de l'air. Cela favorise la minéralisation des matières organiques et un réchauffement plus rapide du sol.
Un sol bien chaulé assurant la disponibilité des éléments fertilisants et une bonne structure du sol. L'objectif est d'avoir un pH d’au moins 6,2 et un taux de saturation supérieur à 80 %. Dans les sols de plus de 7,2 de pH, il faut fournir régulièrement la dose de phosphore nécessaire à la plante au moment le plus approprié. Préférer les apports de printemps dans les 10 jours précédent le semis pour les pois, betteraves, lin ou pomme de terre. Utiliser du phosphore assimilable (Superphosphate). Un phosphate naturel ne se solubilise qu'en sol acide.
Sur maïs, un apport localisé autour des jeunes racines, c'est-à-dire dans les 5 premiers centimètres du sol. Eviter l'apport avant labour. Cela dilue le phosphore sur les 30 premiers centimètres. Eviter aussi l'apport en surface après le semis. Le phosphore, peu mobile, ne descendra pas jusqu'aux racines. Sur blé, en sol déficitaire en phosphore, apporter le phosphore soluble au stade 2-3 feuilles.
Lors d'un apport d'engrais phosphaté, le phosphore soluble passe dans la solution du sol. Seuls 10% de l'engrais
apporté est utilisé par la culture (Fardeau et Colomb, 2001). Les 90% restant sont fixés sur la phase solide du sol
(argiles, matières organiques, etc.). Ils contribuent à entretenir la réserve de phosphore biodisponible. Ce
phénomène de rétrogradation est plus important dans les sols calcaires. La teneur en phosphore dans la solution
du sol est maintenue plus ou moins constante selon le pouvoir tampon du sol.
C'est dans les premières étapes de son développement que la plante est la plus sensible à la carence en
phosphore. Si la plante est vigoureuse au départ, elle développe ses racines et est apte à assurer son
alimentation tout au long de sa croissance.
Impasses : possibles sous conditions
La dose conseillée est calculée selon le niveau de production, l'enfouissement ou non des pailles, l'exigence de la culture (faible pour le blé, moyenne pour le pois et le maïs, forte pour la betterave) et la richesse du sol. Dans les rotations de zones d'élevage (maïs/blé) avec des apports d'engrais de ferme fréquents et importants sur maïs, il est souvent possible de faire l'impasse sur blé. Ainsi 40 t/ha de fumier de bovins apportent environ 80 kg P2O5/ha et 240 kg K2O/ha. Dans de nombreux cas, cette fourniture couvre les besoins pour deux années. L'impasse est possible à condition que :
la culture soit peu ou moyennement exigeante en P2O5 et K2O (ex. : blé, maïs)
le sol soit bien pourvu en P2O5 et K2O
un apport d'engrais ait été effectué au cours de l'année précédente ou dans les deux dernières années (cultures peu exigeantes telles que le blé).
Attention, si le pH du sol est bas (moins de 6,2), les éléments fertilisants sont moins bien assimilés. En sol calcaire, il est préférable d'apporter environ 50 kg P2O5/ha sous forme de phosphore soluble chaque année. De même, les doses calculées sont valables à condition que le sol soit bien structuré, assurant un bon enracinement des plantes. "Mieux vaut un sol bien aéré et pauvre qu'un sol tassé et riche !"
Des teneurs qui baissent très lentement
Réaliser des impasses peut faire craindre une baisse immédiate des teneurs en P et K des sols qui pénaliserait les
cultures. D'après une synthèse de résultats d'essais par Arvalis Institut du Végétal, il est prouvé que les teneurs
baissent très lentement, de l'ordre de 5 mg/kg/an. Ces résultats sont confirmés par des essais réalisés par la
Chambre d'Agriculture du Calvados avec 17 ans d'impasse.
Choisir des engrais solubles dans l'eau
Pour rentabiliser les apports d'engrais minéraux phosphatés, préférer les formes solubles dans l'eau, plus
efficaces.
Si vous lisez sur l'étiquette d'engrais : "solubilité dans…"
Le phosphate est sous forme de
Utilisation
Efficacité
Eau et citrate d'ammonium neutre
Superphosphates et phosphate d'ammoniaque
Convient à tous les types de sols
Citrate d'ammonium alcalin de Peterman
Phosphate bicalcique
A pH inférieur à 7,5
Acide citrique 2%
Scories
A pH inférieur à 6,5
Citrate d'ammonium alcalin de Joulie Acide formique 2%
Phosphate aluminocalcique (phospal)
A ne pas utiliser
Evidemment, le choix du type d'engrais peut être influencé par d'autres critères : présence de chaux ou de soufre,
formulation et conditionnement ou prix de l'unité d'anhydride phosphorique.
Dans les engrais de ferme, 100% du phosphore est aussi efficace que les engrais phosphatés solubles dans l'eau
(superphosphates). Ceci est vrai à l'exception des lisiers de porcs et surtout des lisiers, fientes ou fumiers de
volailles qui contiennent des phytates difficilement dégradables. La fraction organique du phosphore qui n'est
pas minéralisée dans l'année qui suit l'apport de l'engrais de ferme est intégrée aux matières organiques stables
du sol. Elle ne sera ensuite libérée que très lentement.
Starter : incontournable sur maïs ?
De nombreux essais montrent l'intérêt d'apporter du phosphore très soluble en localisé au semis. Cela favorise le
développement des jeunes racines et améliore la vigueur au départ. A la récolte, le rendement et la précocité
sont meilleurs. Ceci se voit d'autant plus que la terre est "fatiguée" ou pauvre en matières organiques. Depuis
1988, les Chambres d'Agriculture de Normandie et Arvalis Institut du Végétal ont conduit des essais sur la fumure
starter. En terres froides, la matière sèche augmente de 1 à 2 %. Même dans les terres bien pourvues en
phosphore, l'effet peut être significatif. En effet, les racines explorent 10 à 20 % du volume de sol et le
phosphore soluble d'un engrais localisé est plus disponible que le phosphore assimilable dilué dans la masse de
sol.
L'intérêt économique n'est pas systématique. Réaliser une impasse en starter est possible mais attention à réunir les conditions suivantes pour un bon démarrage de la culture :
Un chaulage régulier des terres améliorant la structure du sol.
Un sol bien pourvu en P2O5
Une préparation de semis dans de très bonnes conditions : sol ressuyé, parcelle exposée sud.
Un sol profond, travaillé soigneusement assurant à la plante une alimentation en eau et en éléments
nutritifs.
Une protection insecticide indispensable.
L'effet starter est mesurable à partir de 25 unités de P2O5/ha, soit 60 kg/ha de 18-46. La formule de base 18-46 est aussi efficace voire plus que des formules plus élaborées et souvent plus onéreuses.
Pour rentabiliser l'apport, mieux vaut donc apporter un 18-46 à dose réduite (voir résultat d'essai Graphique 1 ci-contre : Comparaison des rendements obtenus avec du starter classique et des microgranulés (essais CA 50 et 61 – 2003-2004).
Sur prairies : 60 kg P2O5/ha maximum
En sol bien pourvu, il ne faut pas dépasser 60 kg/ha d'anhydride phosphorique. Au-delà de cette dose, les
augmentations de rendement ne sont que rarement rentables. Un apport d'engrais de ferme couvre en général
les besoins de la prairie. Par exemple, 25 T/ha de fumier de bovin apporté tous les 2-3 ans couvrent les besoins
en phosphore d'une prairie de 10 tonnes de matière sèche/ha au champ.
L'analyse d'herbe est plus pertinente que l'analyse de sol. Elle permet de savoir ce que la plante a réellement
assimilé.
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