Pour se développer, le couvert végétal puise de l’eau et des éléments minéraux (donc de l’azote) dans le sol.
Essai effectué au Val Saint Père en 2005 :
des couverts semés au 1er Août ont piégé 50
à 60 unités d’azote/ha à la mi-octobre, et
jusqu’à 110 unités à la mi-mars.
Conserver la fertilité du sol
En limitant la battance En protégeant la surface du sol de l’impact de la pluie, les couverts végétaux réduisent la battance et la prise en masse superficielle. C’est la moutarde qui est la plus efficace contre la battance car, même détruites par le gel, les tiges assurent une protection. La prise en masse est réduite grâce au réseau racinaire du couvert qui facilite ensuite le travail du sol.
En limitant les problèmes de ruissellement et d’érosion Le système racinaire ancré dans le sol fixe la
terre et freine le ruissellement qui entraîne les
produits phytosanitaires et le phosphore.
Lutter contre les mauvaises herbes
Implanter un couvert limite le développement des mauvaises herbes : elles sont «étouffées» par la végétation.
Assurer un appoint fourrager
en dérobée Le colza fourrager, le ray-grass d’Italie (associé ou non à du trèfle), le seigle fourrager ou l’avoine d’hiver constituent un appoint en fourrage pour la fin d’hiver, voire l’automne en cas de semis précoce (après un méteil par exemple).
La réglementation
Les règles qui s’appliquent pour la couverture des sols sont issues soit de la Directive Nitrates
(Arrêté Préfectoral du 31/07/2009), soit de la mise aux normes (PMPOA 2).
En zone vulnérable, la surface couverte doit correspondre à 80% de la SAU pour chaque
exploitation en 2010-2011, à 90% en 2011-2012 puis à 100% par la suite. Pour les exploitations
situées en zones d’actions complémentaires, la couverture totale des sols est maintenue.
Hors zone vulnérable, pour les exploitations concernées par le PMPOA 2, les surfaces à couvrir
sont indiquées dans le dossier de mise aux normes.
Les dates à respecter
Pour l'implantation...
précédent = maïs : =>sous couvert ou aussitôt après récolte Si précédent = céréales à paille : => avant le 15 septembre
...et la destruction
Si suivant = maïs : après le 1 er février Si suivant = céréale à paille : après le 1 er janvier
La destruction mécanique est obligatoire en zone d’actions complémentaires. Ailleurs, la
destruction chimique est tolérée après le 15 février pour les couverts de plus de 4,5 mois.
Le choix du couvert
Les critères à prendre en compte
La rotation
Que ce soit pour semer un couvert ou pour laisser des repousses, les cultures de la rotation
sont à prendre en compte pour ne pas créer des problèmes de parasitisme ou de désherbage.
Eviter la moutarde et le radis quand il y a du colza dans la rotation (problème de
désherbage et de maladies du pied).
On note parfois un effet dépressif du colza ou de la moutarde avant un maïs, sauf s’ils
sont détruits au moins un mois avant le semis.
Phacélie : neutre pour toutes les cultures.
La date de semis
La période de semis doit être prise en compte si on veut assurer un bon développement du
couvert.
Après un blé : large choix d’espèces
Après un maïs : plutôt des graminées
Le matériel disponible
Pour les espèces dont les graines ont une faible densité (phacélie, ray-grass), le semis
en lignes est conseillé.
Pour la moutarde et les céréales : le semis à la volée est possible.
La facilité de destruction
Si la destruction chimique est interdite, attention aux repousses de RGI.
Destruction mécanique facile sur moutarde et phacélie.
Quelques couverts
A semer après un blé
Espèces
Moutarde blanche
Radis
Phacélie
Densité de semis
8 – 10 Kg
10 - 12 Kg
8-10 Kg
Coût semences (H.T.)
1,50 €/kg
4,10 €/kg
4,60 €/kg
Positionnement graine
A peine enterrée
2 à 3 cm et rappuyée
Implantation
Facile
Facile
Délicate
Pouvoir concurrentiel sur les adventices
Elevé
Elevé
Elevé
Mode de destruction
Gel (-5°C), broyage, roulage sur sol gelé
Labour
Gel, broyage, roulage sur sol gelé
Appétence pour les limaces
Faible
Faible
Faible
Observations
Implantation et destruction facile Eviter en rotation avec colza, choux
Destruction difficile Eviter en rotation avec colza, choux
Bonne rupture dans la rotation Espèce délicate à implanter et période de semis limitée
Autres espèces possibles :
Navette d’hiver, en semis à la volée à 8 Kg/ha. Croissance rapide, valorisation en fourrage possible mais destruction difficile.
Colza,en semis à la volée (8 à 10 Kg/ha) ou en laissant les repousses du précédent.
Trèfle incarnat ou Trèfle d’Alexandrie, à semer au plus tard à la mi-août, purs ou en mélange avec du ray-grass d’Italie. Dose de semis : 15 kg/ha en pur, à enterrer très peu et à rappuyer.
Nyger ou tournesol, à semer tôt (jusqu’à la mi-août). Le semis doit être soigné et rappuyé, à 7 à 10 kg/ha pour le nyger et 40 kg/ha pour le tournesol. Attention, ce sont des espèces très sensibles au froid, qui peuvent geler dès le mois d’octobre.
A semer après un maïs
Espèces
Seigle
Avoine
Ray-grass d’Italie
Densité de semis
80 Kg
60 Kg ou 40 kg si diploïde
15 à 20 Kg
Coût semences (H.T.)
0,95 €/kg
0,8 €/kg ou 1,10 €/kg sidiploïde
2,8 €/kg
Positionnement graine
2 à 3 cm, semis à la volée possible
Peu enterrée et
rappuyée
Implantation
Moyenne
Bonne
difficile
Pouvoir concurrentiel sur les adventices
Faible
Faible
Faible
Mode de destruction
Chimique ou par
labour
Chimique ou par
Chimique ou par
labour
Appétence pour les limaces
Forte
Faible/moyenne
Moyenne
Observations
Destruction plus
difficile que pour les
autres céréales
Préférer avoine de
printemps pour le gel
Implantation et
destruction facile
Bon appoint fourrager,
choisir une variété non
alternative pour éviter
la montée à graines
Les mélanges
Ils se développent en général mieux que les espèces pures grâce à un effet de synergie. Par
ailleurs, en cas de mauvais développement d’une espèce, les autres peuvent compenser.
Il est conseillé d’associer des espèces à développement complémentaire (espèces
basses/hautes, à développement rapide/à cycle long…). La dose de semis de chaque espèce
est à calculer en divisant la dose normale par sa représentativité dans le mélange.
Il est également possible d’acheter des mélanges prêts à l’emploi, les fournisseurs en proposent
de plus en plus.
Exemples de mélanges :
De nombreux autres mélanges peuvent être envisagés.
Dose de semis/ha
Période d’implantation
Commentaires
Ray-grass/trèfle incarnat
15 kg+ 10 kg
Jusqu’à fin septembre
Le trèfle incarnat est une espèce à développement rapide mais qui craint la sécheresse. Bon appoint fourrager
Avoine diploïde/vesce
20 kg + 15 kg
Jusqu’au 15 août
Implantation facile. La céréale sert de tuteur à la vesce
Avoine diploïde/moutarde
20 kg + 10 kg
Jusqu’à fin septembre
Implantation facile
Seigle/vesce
35 kg+ 25 kg
Jusqu’au 15 août
Implantation facile
Moutarde blanche/phacélie/trèfle d’Alexandrie
2 + 2 + 10 kg
Jusqu’à début septembre
Bon piège à nitrates
L’itinéraire technique
Le semis
Le plus économique : le semis à la volée Ce type de semis n’est possible qu’avec certaines graines : moutarde, radis, colza, céréales… Il peut se faire en un passage avec un cover-crop ou un déchaumeur équipé d’un semoir mécanique ou centrifuge (type Delimbe). A défaut, le semis sera suivi d’un déchaumage léger pour enterrer les graines. Le coût varie de 16 à 21 €/ha.
Pour les petites graines : le semis en lignes Ce type de semis est conseillé pour les semences de phacélie, ray-grass, nyger… Selon l’équipement, il peut se faire en un ou deux passages, pour un coût variant de 25 à 33 €/ha. Un chisel ou un cover-crop équipés d’une trémie de semoir à céréales et de tubes de descente convient très bien.
La destruction
Détruire le couvert avant le 15 mars On estime qu’un couvert ayant atteint 2 à 2,5 tonnes de MS/ha a rempli son rôle vis-à-vis de
l’azote. Cependant, la réglementation actuelle en zone vulnérable oblige à un maintien jusqu’au
1er février, et certains CAD jusqu’au 15 février.
Il est conseillé de détruire le couvert rapidement après cette date pour différentes raisons :
Eviter l’assèchement du sol,
Permettre au couvert de se décomposer avant le semis de la culture suivante
Le gel : trop aléatoire
C’est le mode de destruction idéal puisqu’il ne nécessite aucune intervention. Cependant, notre climat maritime et doux ne permet que rarement aux couverts de geler. Plus les plantes sont développées, plus elles sont sensibles au gel.
Une alternative : le roulage en période de gel
Le principe consiste à passer un rouleau (de type Cambridge ou Cultipacker) à un moment où il gèle, même de manière peu intense. Si le sol n’est pas gelé, attention cependant à ce qu’il ne soit pas trop humide pour ne pas provoquer de tassements. Cette technique, testée depuis 5 ans chez Arvalis a montré de bons résultats (80 à 100% de destruction) pour la moutarde, la phacélie ou certaines légumineuses (vesces ou pois développés). Le rouleau permet d’amplifier les dégâts du gel sur les plantes. Par contre, il est inefficace sur les graminées. De nombreuses CUMA se sont équipées de rouleaux larges (6 à 9 m). Ces rouleaux sont polyvalents, et offrent un bon débit (2 à 4 ha/heure) pour un coût raisonnable (10 à 15 €/ha avec tracteur). Le principal problème reste le nombre de jours disponibles pour intervenir.
Le labour
Si le couvert est peu développé ou essentiellement composé de feuilles (ex : seigle, avoine, navette, radis), un labour peut suffire. Par contre, des plantes comme la moutarde ou la phacélie présentent souvent beaucoup de végétation et nécessitent un broyage.
Les outils de déchaumage
Ces matériels (cover-crop, disques indépendants, dents, dentsdisques…) peuvent plus ou moins lisser le sol en conditions humides. La présence d’un rouleau arrière est préférable pour assurer un bon rappui et réguler la profondeur de travail. Les outils à dents équipés de socs larges travaillent par scalpage du sol. Le mélange « terre-résidus » est réalisé par des disques inclinés, des peignes et un rouleau. Une végétation importante peut provoquer des bourrages. Dans nos essais, ce sont ces types de déchaumeurs ainsi que les cover-crop qui ont permis les meilleures destructions de couverts. Pour du ray-grass, il est conseillé de détruire en deux passages croisés espacés d’une dizaine de jours. Le premier sera superficiel (5 à 10 cm) et le second plus profond (10 à 15 cm). Les bêches roulantes et les outils à 4 ou 5 rangées de dents, davantage utilisés en zone de grande culture, ont une bonne capacité de destruction. Ils ont l’inconvénient de demander de la puissance.
La destruction chimique
La destruction chimique (herbicide non sélectif) est souvent nécessaire pour le ray-grass. Elle est
également efficace sur les céréales. Attention, en zone d’action complémentaire, elle est interdite.
Sensibilité de quelques couverts aux modes de destruction disponibles
Quel impact sur la culture suivante ?
Pas d’impact sur le rendement
Des essais longue durée d’Arvalis ont montré que les couverts n’ont pas d’impact sur le rendement de la culture qui suit, à condition que le couvert ne soit pas détruit trop tard. En zone vulnérable, la destruction d’un couvert n’est possible qu’à partir du 1er janvier pour implanter une céréale de printemps, et du 1er février pour semer un maïs. Si les sols sont suffisamment portants, n’attendez pas pour détruire les couverts. En effet, à cette date, le couvert a bien joué son rôle de piège à nitrates et de protection contre l’érosion. En le maintenant plus longtemps, vous risquez de pénaliser la culture suivante en eau et en azote.
Un effet azote avec des légumineuses
Seules les légumineuses (trèfles, vesce…) fournissent de l’azote à la culture suivante : 20 à 30 unités/ha en culture pure et environ 10 unités/ha en mélange avec des graminées ou des crucifères (d’après des résultats d’essais Arvalis). On considère qu’un couvert de moutarde ou de phacélie ne restitue pas d’azote à la culture suivante, à court et à moyen terme. Des essais sont en cours pour évaluer l’impact à long terme.
Une restitution de phosphore et de potasse
Pour un couvert qui a produit 2 tonnes de matière sèche, et un maïs à 15 t MS/ha. Ces chiffres, issus de résultats d’essais Arvalis, sont valables pour les différentes espèces de couverts.
Contacts
Région Cotentin : Fabien OLIVIER 02 33 95 46 05 Région du Bocage : Marie-Christine GODIN 02 33 19 02 63 Région de la Baie : Philippe GROULT 02 33 91 21 01 Equipe Production Filière Innovation : Alice DENIS 02 33 06 47 29
Avec la participation financière du Conseil Général de la Manche et du Casdar
RENDEZ-vous
22/05/2012 Portes ouvertes du réseau DEPHY Porte ouverte “réduire les phytos en colza”, chez Gilles Lenfant à Miserey (27)