Raisonner les apports d'engrais permet de réaliser des économies. Sur céréales, l'apport systématique d'engrais phospho-potassique n'est pas justifié. D'une part, les teneurs en P2O5 et K2O baissent très lentement en cas d'impasse. D'autre part, les céréales sont peu exigeantes en P2O5 et K2O. Dans les systèmes d'élevage avec des apports de fumier ou lisier dans la rotation, les impasses phospho-potassiques sur blé sont très souvent possibles.
Impasses : les teneurs du sol baissent très lentement
A Yvetot, d'après des essais de longue durée (18 ans) mis en place par la Chambre d'Agriculture de Seine-Maritime, le changement de teneurs n'est visible qu'au bout de plusieurs années d'impasse. Dans la parcelle d'essai, riche en phosphore (0,16 g/kg de P2O5Joret-Hébert en 1984) et normalement pourvue en potasse (0,16 g/kg en 1984), l'impasse en potasse ne se fait sentir qu'au bout de 7 ans et l'impasse en phosphore n'a aucun effet sur cultures même au bout de 18 ans ! (Figure 1).
Figure 1 : Des marges de manoeuvre existent !(zoomer)
D'après Arvalis-Institut du Végétal, les essais, dans des sols différents et sur de nombreux systèmes, indiquent qu'en cas d'impasse, les teneurs en phosphore (P2O5) et potasse (K2O) baissent de 0,005 g/kg/an, ce qui est très faible. Les vitesses d'évolution des teneurs sont peu différentes d'un sol à l'autre, à l'exception des sols de craie où l'appauvrissement en potasse est plus rapide. Ceci s'explique par la teneur plus élevée au départ en potasse des sols de craie. Dans les sols à teneur initiale élevée, les teneurs diminuent plus rapidement mais aucune chute brutale n'a jamais été observée. Pour illustrer, si la teneur initiale du sol en P2O5Olsen est de 0,10 g/kg (teneur élevée), une impasse totale d'engrais organique ou minéral PK pendant 8 ans entraînerait une baisse de 0,04 g/kg. La teneur en P2O5serait alors de 0,06 g/kg (teneur normale), ce qui reste tout à fait correct pour la culture. En réalité, l'impasse totale est très rare, surtout dans les systèmes d'élevage. Cette baisse n'est donc pas observée. L'impasse une année ou deux est sans impact sur le rendement.
Le blé, une culture peu exigeante en PK
Le raisonnement de la dose à apporter est basé sur l'exigence de la culture. L'exigence traduit la sensibilité de la culture à l'absence d'engrais P et/ou K. Cela englobe le type d'enracinement ou l'influence d'un stress alimentaire sur l'élaboration du rendement. L'exigence est différente du besoin. Par exemple, un blé a besoin de 300 kg K2O/ha et reste pourtant peu sensible à une impasse en K2O. En effet, le système racinaire du blé lui permet d'explorer un grand volume de sol.
La disponibilité des éléments dans le sol est évaluée par :
l'analyse de terre (à réaliser tous les 5 ans),
le passé de fertilisation (y a-t-il eu des impasses ou pas les années précédentes),
la restitution des résidus de la culture précédente.
Concernant les restitutions par les résidus, pour les céréales, l'essentiel du phosphore prélevé par la culture est présent dans le grain et donc exporté. Par contre, 80 à 90% de la potasse se situe dans les tiges et les feuilles sous forme soluble. La restitution des résidus de récolte équivaut alors à un apport important de potasse. Un blé de 80 qx/ha restitue environ 150 kg K2O/ha par les pailles et les chaumes. Dans les systèmes d'élevage, la paille exportée revient à la parcelle sous forme de fumier. Plus le fumier est pailleux, plus la teneur en potasse est élevée.
Quand peut-on faire une impasse ?
1. quand la culture est faiblement ou moyennement exigeante (comme le blé) 2. quand la teneur du sol est suffisante (normale sur l'analyse de terre) 3. quand au moins un apport d'engrais a été effectué au cours des deux dernières années Au-delà de deux années d'impasse, le risque de pénaliser le rendement augmente.
Engrais de ferme : une source de fertilisants efficaces
En rotation, sur le maïs par exemple Dans des rotations maïs-blé ou maïs-maïs-blé avec des apports de matières organiques importants sur maïs (plus de 30 T/ha de fumier par exemple), les teneurs phospho-potassique du sol sont généralement élevées. L'impasse est alors possible sur blé. Les apports de fertilisants par les engrais de ferme sur maïs dépassent les exportations du maïs, notamment en phosphore. Ainsi, le blé qui suit trouve suffisamment d'éléments dans le sol. Toutefois, il faut aussi veiller à bien chauler pour que les éléments fertilisants du sol soient disponibles pour les plantes. A pH=5, P2O5 est absorbé à 34% alors qu'à pH=6,5, P2O5 est absorbé à 75%.
Au printemps, directement sur les céréales Sur blé, les engrais de ferme riches en azote ammoniacal sont très bien valorisés au printemps : lisier de porcs ou volailles, fientes de volailles. L'important est de bien maîtriser la dose épandue pour éviter la verse des céréales.
Pour cela, il faut :
mesurer l'azote ammoniacal contenu dans le lisier ou les fientes
utiliser des pneus basse pression et attendre que le sol soit suffisamment portant pour limiter le compactage des terres en sortie d'hiver
pour les lisiers, assurer un épandage régulier avec une rampe d'épandage munie de buses à palettes ou mieux de pendillards
pour les fientes, utiliser une table d'épandage
épandre au moins 10 jours avant le stade "épi 1 cm"
vérifier les quantités épandues d'après la distance parcourue.
Si les effluents apportent de l'azote efficace au blé, ils sont aussi une source importante de phosphore et de potasse. Le phosphore contenu dans le lisier de porc a une efficacité proche de 85 % par rapport à un engrais minéral. La potasse a la même efficacité qu'un chlorure de potasse. De ce fait, un apport de 30 m3/ha de lisier de porcs au printemps sur blé correspond à environ 120 kg P2O5/ha et 90 kg K2O/ha. Un apport de 3 T/ha de fientes séchées de volailles au printemps sur blé correspond à environ 78 kg P2O5/ha et 84 kg K2O/ha. Cela couvre largement les besoins du blé quelque soit la situation.
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